Les élections : un processus à évaluer avec l’excellence opérationnelle

J’ai eu la chance de voter dans 3 pays différents. Le processus d’élection est hautement critique, car il garantit le bon fonctionnement d’une démocratie. Mais comme tout processus, il peut être amélioré.

Dans un premier temps je résume la façon dont se déroule une élection dans les trois pays. Vous pouvez passer directement à l’analyse des processus. Pour cette analyse, j’ai choisi d’aborder trois aspects : expérience électorale, intégrité et anonymat.

Trois pays, trois processus d’élection différents

France: s’organiser pour voter

Pour voter en France, vous devez être inscrit(e) sur les listes électorales au moins un mois avant la date du scrutin. Le scrutin se déroule un dimanche. Les électeurs et électrices se présentent au bureau de vote qui leur est assigné, avec une pièce d’identité. Une carte électorale accélère le processus. La majorité des scrutins se déroulent sur deux tours, à deux semaines d’intervalle.

Des bénévoles représentant la commune et les partis politiques en candidature tiennent le bureau de vote. Ils sont bénévoles. Après avoir prouvé son identité, l’électrice reçoit une enveloppe. Les bulletins de vote pour chaque candidat sont alignés, elle doit en prendre au moins deux. L’électrice choisit pour qui ou quelle liste elle vote dans un isoloir et place le bulletin correspondant dans l’enveloppe. Elle se présente ensuite pour voter, prouve son identité à nouveau et signe en face de son nom sur la liste électorale. Elle peut alors déposer son bulletin. L’urne dispose d’un compteur, additionné d’une clochette pour « surveiller » l’ouverture de l’urne.

Élection en France: une main glisse une enveloppe dans un urne transparente. Une autre main tient une carte électorale
Voter en France

Québec: Simplifier tout en limitant les risques

Pour voter au Canada, il faut être inscrit sur la liste, ou faire la démarche au bureau de vote. Le scrutin se déroule en semaine, et les employeurs doivent s’assurer que leurs employés ont au moins quatre heures consécutives pour aller voter. L’électrice se présente au bureau de vote assigné, le jour du scrutin ou lors des jours anticipés.

Le gouvernement recrute et emploie le personnel de bureau et les fonctionnaires électoraux pour l’élection. Au bureau de vote, l’électrice obtient un bulletin de vote et noircit la case du candidat, de la candidate ou de la proposition qu’elle choisit. Elle se présente ensuite à l’urne. Le fonctionnaire vérifie son identité et met à jour la liste électorale. L’électrice place son bulletin dans l’urne. Il est également possible de voter par correspondance ou dans un autre bureau au moyen d’un bulletin spécial. Ces bulletins sont comptabilisés plusieurs jours après l’élection. En général, ils ne changent pas le résultat.

Voter au Québec, Canada

Nouvelle-Zélande: Simplicité et expérience électeur avant tout

Pour voter en Nouvelle Zélande, il faut également être inscrit sur la liste, ce qui peut se faire le jour même au bureau de vote. Le scrutin se déroule un samedi, le vote anticipé est aussi la norme. Le gouvernement recommande de voter dans un des bureaux de sa circonscription, mais il est possible de voter n’importe où dans le pays. Une carte électorale accélère le processus.

Comme au Canada, les bureaux de vote sont tenus par des fonctionnaires, recrutés par le gouvernement. Sur place, l’électrice ne doit présenter aucun papier d’identité pour voter. Le fonctionnaire remet les bulletins pour le vote. Les élections générales sont pour le parlement et un ou plusieurs référendums. La Nouvelle-Zélande fonctionne avec un système proportionnel mixte : un vote pour un candidat et un vote pour un parti politique. Il faut cocher la case du candidat et du parti ou de l’option choisie. L’électrice va ensuite déposer chaque bulletin dans l’urne selon un code couleur.

Élection en Nouvelle Zélande: une main dépose un bulletin dans une urne en carton.
Voter en Nouvelle Zélande

Sur quels critères évaluer le processus d’élection ?

En 2020, l’expérience client a le vent en poupe. La majorité des organisations la mettent au premier plan et s’assurent de rendre les choses plus simples et efficaces. Les gouvernements ont également des démarches d’amélioration de l’expérience usager. J’ai donc choisi d’évaluer l’expérience électorale.

Ensuite, comme ces processus sont garants du bon fonctionnement de la démocratie, j’ai opté pour deux critères clés : intégrité et anonymat. Le processus doit garantir que chacun puisse voter une fois et une seule, et que personne ne puisse savoir pour qui il a vote.

Expérience électeur: est-ce facile et rapide de voter?

Clairement la Nouvelle Zélande l’emporte ici. L’objectif est de faciliter l’accès au vote, même à la dernière minute. Le système électoral est un peu plus complexe, mais le processus est extrêmement simple. Le pays offre un grand choix de dates et de lieux pour voter. De plus, les communications sont très invitantes et simples à comprendre.

À l’inverse, la France oblige ceux qui souhaitent voter à s’organiser, que ce soit pour s’inscrire sur la liste ou pour être disponible les jours de scrutins. Il existe un système de procuration, mais encore une fois, il faut s’y prendre à l’avance et remplir des formulaires. Le processus au bureau est également plus complexe avec plusieurs étapes de vérification de l’identité.

Intégrité du scrutin: est-ce facile de voter deux fois?

La lourdeur administrative française a du bon, et à moins d’être inscrit sur deux listes différentes, il est impossible de placer deux bulletins dans l’urne. Avec l’informatisation et la possibilité de recouper les listes de façon électronique, le système est extrêmement robuste et garantit l’intégrité du scrutin.

Il en est de même au Canada, l’inscription sur les listes électorales est plus simple, car il se fait lors de la déclaration d’impôt. Le système est centralisé. De la même façon, étant donné que la liste est mise à jour au fur et à mesure du déroulement du scrutin, il est impossible de placer deux bulletins dans l’urne.

Anonymat: est-ce possible de savoir qui a voté quoi?

Le Canada et La France garantissent l’anonymat complet. C’est la base de la démocratie: le vote est secret. D’ailleurs tout bulletin avec un marquage ou une identification est compté nul.

En Nouvelle Zélande, ce n’est pas le cas, chaque bulletin a un code, dupliqué sur la carte électorale. Un ruban noir masque le code. Toutefois, il est possible de retirer ce ruban et de faire le lien avec la carte électorale. C’est un processus manuel contraignant, mais possible. Lors de la réconciliation des listes électorales, si une personne a voté plusieurs fois, une recherche va identifier les numéros des cartes électorales et les bureaux de vote concernés. Le personnel va retrouver le bulettin et l’annuler. Ça se produit moins d’une dizaine de fois à chaque élection. Le vote n’est donc pas anonyme techniquement. La loi encadre le tout pour préserver l’anonymat.

Conclusion

Il est impossible de tout concilier. Comme toute organisation, les États font des choix et priorisent les aspects qui leur sont importants. Chaque pays décide de l’équilibre entre les différents aspects. Chaque processus d’élection est donc unique.

Tous les pays peuvent cependant utiliser les principes de l’excellence opérationnelle, pour la signalisation visuelle, la gestion du flux des électeurs, ou tout simplement le dimensionnement des bureaux de vote.

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